Jean Lerat

Jean Lerat — Paysan sur son âne, 1947

Jean Lerat (1913–1992) est l’une des figures fondatrices de la céramique française d’après-guerre. Originaire de Bourges, il s’installe à La Borne en 1941, village du Cher historiquement dédié au grès, où il rejoint un groupe de jeunes artistes. Aux côtés de Jacqueline Bouvet, qui deviendra son épouse et sa collaboratrice, il apprend les techniques traditionnelles bornoises auprès d’Armand Bedu, puis cuit ses pièces dans le four Beyer de la Borne, sous la direction de Paul Beyer.

Dans les premières années de son installation à La Borne, Jean Lerat développe un bestiaire figuratif nourri de références à la tradition populaire bornoise et aux grandes figures de l’art de son temps. Sensible à l’œuvre de Picasso, attentif aux débats de la scène artistique parisienne, il représente cyclistes, footballeurs, pêcheurs et figures animales, autant de personnages qui évoquent la vie ordinaire et les loisirs retrouvés au sortir de la guerre. C’est dans ce contexte que prend place le Paysan sur son âne, réalisé en 1947 : une sculpture en grès émaillé, cuite dans le four Beyer de la Borne, pièce unique signée « la borne // J. LERAT // 1947 » en lettres et caractères incisés au dos.

Haute de 59,5 cm, large de 50 cm, cette sculpture en ronde-bosse représente un paysan à cheval sur son âne, dans une référence probable à la figure de Sancho Pança de Cervantès. La matière, dense et rugueuse, porte les traces du feu et révèle cette relation au grès que Jean Lerat plaçait au cœur de son travail. L’émaillage sobre accentue la présence monumentale de la composition, qui témoigne à la fois de la maîtrise technique acquise auprès des maîtres potiers du village et de la liberté plastique qui distingue l’œuvre des Lerat de toute production purement utilitaire. Cette pièce s’inscrit parmi les jalons les plus significatifs de la période figurative de Jean Lerat, avant le tournant vers l’abstraction géométrique des années 1950–1960.